Étude comparative · Ancienne principauté épiscopale de Bâle, 1594–1596
Le registre des jugements : Couchant, Mittet et Grillon devant la justice (1594–1596)
Première consultation directe des folios 40, 55 et 57v–60 du tribunal de Porrentruy, confrontés aux interrogatoires et à leurs rétractations.
1. Un registre retrouvé, pas un verdict imaginé
Le registre PCrim Py I/2 de la justice criminelle de Porrentruy couvre la période du 2 mars 1582 au 22 juin 1617. L’inventaire des Archives de l’ancien Évêché de Bâle le décrit comme un volume de 191 folios et renvoie à une reproduction numérique publique. Après l’examen des procès-verbaux des interrogatoires de 1594 et 1596, retrouver ce registre permet de remonter à une autre couche de l’enquête : les audiences et les décisions consignées par les autorités. Le volume a été directement ouvert dans le site Transkribus des Archives et plusieurs de ses photographies ont été examinées.1
Les trois cotes recherchées sont PCrim Py I/2, folio 40 pour Jacques Couchant, folio 55 pour Jeanne Mittet et folios 57 verso à 60 pour Thonnette Grillon. Les images originales sont accessibles directement. Toutefois, voir un folio ne signifie pas avoir transcrit tous ses mots ; l’écriture cursive des greffiers, les ratures et la succession des décisions exigent une collation paléographique méthodique. Nous distinguons désormais la présence du document, le repérage visuel de la foliation, la lecture de certains passages et la transcription critique complète encore à produire.2
2. Comprendre le système de pagination avant de citer
La foliotation inscrite dans le registre et la numérotation moderne des pages numérisées ne sont pas interchangeables. Le folio 40 figure sur la page numérique 81 ; le folio 55 est repérable à la page 111 ; le folio 58, à la page 117, et le folio 59, à la page 119. Cette correspondance permet d’ouvrir directement les photographies dans le portail des Archives. Chaque référence du dossier conserve donc à la fois la cote historique et la page numérique, pour que le lecteur puisse reproduire la consultation sans chercher au hasard parmi plus de quatre cents images.3
L’inventaire signale une anomalie importante après le folio 69 : certains feuillets ont reçu les numéros 610 à 615, puis d’autres cotes complémentaires 69.1 à 69.11. Toute formule générale calculant automatiquement le numéro d’image à partir du folio serait fausse au-delà de cette rupture. L’édition savante doit donc enregistrer les correspondances contrôlées une à une. Pour les pages du présent dossier, la concordance est vérifiée visuellement sur les photographies identifiées, sans généraliser à l’ensemble du volume.4
3. Jacques Couchant : localiser le folio 40
Le dossier de Jacques Couchant, originaire de Saint-Sulpice dans le Val-de-Travers et poursuivi dans la principauté épiscopale de Bâle, possède une abondante série d’interrogatoires et de témoignages sous B 168/14-23. L’inventaire renvoie également au folio 40 du registre PCrim Py I/2. Nous avons ouvert la page numérique 81, dont le coin supérieur porte bien le numéro manuscrit 40, et examiné les images voisines 80 et 82 pour comprendre la continuité des écritures. Cela lève l’obstacle matériel de l’accès au registre : il n’est plus nécessaire de citer seulement une cote abstraite.5
Les folios voisins contiennent une succession de formules judiciaires, de prises de parole et de délibérations, avec des corrections visibles. Leur lecture diplomatique complète n’étant pas achevée, nous n’attribuons pas un motif précis de condamnation à un magistrat, ni une parole littérale à l’accusé, sur la seule base de ce premier repérage. La comparaison avec les interrogatoires déjà dépouillés, qui présentent la contrainte et la rétractation, devra suivre exactement l’ordre des séquences, et non être reconstruite d’après les habitudes supposées du tribunal.6
4. Jeanne Mittet : le folio 55 et la séance de justice
La notice B 168/14-37 désigne Jeanne Mittet, également appelée veuve Koller, et renvoie au folio 55 de PCrim Py I/2. La page numérique 111 porte visiblement le chiffre manuscrit 55. Elle commence par une grande formule d’audience de la justice criminelle et une liste de magistrats ; les pages suivantes poursuivent le protocole. Les photographies 111 à 113 ont été examinées. Elles constituent désormais des pièces primaires directement consultées, et non de simples citations secondaires. La datation et la lecture de chaque nom dans cette écriture demandent encore une transcription contrôlée.7
Le dossier B 168/14-37.2 décrit des pratiques de guérison des fièvres, une prière et une procédure comprenant la torture, puis des accusations en partie retirées. Le document du tribunal n’efface pas cette histoire antérieure. Pour saisir comment Jeanne a été jugée, il faudra rapprocher chaque chef retenu des témoignages, vérifier quels noms apparaissent encore dans la décision et distinguer la formule d’ouverture, la délibération et la peine. Le registre permet cette comparaison, mais nous ne prétendons pas déjà en posséder l’édition ligne par ligne.8
5. Thonnette Grillon : du folio 57 verso aux pages suivantes
La notice des Archives pour Thonnette Perret, épouse Grillon, désigne les folios 57 verso à 60 du même registre. Dans la reproduction en ligne, la page 116 correspond à l’entrée située autour du folio 57 verso ; les pages 117 et 119 portent respectivement les folios manuscrits 58 et 59. L’enchaînement des pages 116 à 119 fait apparaître des éléments de séance, une liste numérotée d’intervenants et des développements judiciaires. Les photographies ont été inspectées directement. La complexité des écritures et des reprises interdit d’en publier une transcription improvisée.9
Une précaution importante apparaît sur la page numérique 120 : elle ouvre visiblement une autre séance de la justice criminelle, datée du 26 octobre 1596. La plage de folios citée dans un inventaire ne doit donc pas être transformée en affirmation selon laquelle chaque ligne du folio 60 concernerait Thonnette. Le découpage exact des procédures est un travail critique à part entière. Il faut identifier la fin du premier acte et le début du suivant, puis confronter seulement les passages pertinents aux interrogatoires de B 168/14-36.10
6. Reconnaissance libre et contrainte : ce que le registre change
Les interrogatoires de Thonnette ont révélé une succession de reconnaissances, de contestations et de nouvelles auditions. Une pièce rapporte qu’elle aurait reconnu certains points sous la force de la corde ; une autre décrit une interrogation comme tenue sans tourments, puis la reconfession d’octobre emploie une formule de reconnaissance libre. Les documents ne se contredisent pas simplement par accident : ils appartiennent à des moments distincts d’une procédure où la liberté d’une déclaration peut être qualifiée par les magistrats malgré des violences antérieures. L’historien doit restituer cette temporalité.11
La découverte de la section correspondante du registre judiciaire rend enfin possible une confrontation plus exigeante. La question n’est pas de savoir si la dernière rédaction est « vraie » parce qu’elle est officielle, mais quels éléments des déclarations antérieures entrent dans l’acte du tribunal, lesquels sont abandonnés et comment l’institution formule sa conclusion. En attendant une lecture diplomatique complète, nous refusons de transformer une formule administrative en preuve d’un consentement spontané ou de la réalité des faits surnaturels allégués.12
7. Les personnes accusées et l’effet de chaîne
Jeanne Mittet a nommé plusieurs personnes dans ses interrogatoires, puis en a déchargé certaines. Thonnette et Claude Cugnotet apparaissent dans ces réseaux d’accusations. Ces rapprochements peuvent orienter la recherche mais n’établissent aucune association réelle entre les personnes poursuivies. Une liste produite par une enquête peut circuler d’un dossier à l’autre, parfois en changeant de sens. La comparaison des actes de témoins, d’accusées et du registre des décisions doit reconstruire les dépendances documentaires avant de parler de corroboration.13
L’enquête peut maintenant distinguer avec davantage de précision quatre niveaux : personnes nommées dans une accusation, personnes interrogées, personnes déférées au tribunal et personnes faisant l’objet d’une décision attestée. Les alias compliquent encore ce classement : Jeanne Mittet et la veuve Koller sont une seule et même personne, selon l’inventaire. Il faut éviter autant les doubles comptes que l’attribution rétroactive de condamnations aux personnes seulement citées. Le but scientifique est de comprendre les risques induits par une dénonciation et les décisions réellement documentées.14
8. Le jugement ne se réduit pas à la peine
Les registres de justice peuvent contenir la composition d’une audience, les arguments des officiers, des opérations de preuve, les avis de juges et une décision. Même lorsqu’une notice précise que l’issue fut capitale, le cheminement du tribunal n’est pas automatiquement déductible de ce seul mot. La justice de Porrentruy exerçait sa compétence dans plusieurs territoires et connaissait des interactions avec les autorités du prince-évêque. Toute analyse des motifs doit identifier la langue et la main du greffier, les éventuelles corrections et la différence entre débat, sentence et exécution.15
Les Archives expliquent aussi qu’une grâce princière pouvait atténuer les supplices sans annuler la condamnation à mort. Il faut donc distinguer le texte du jugement, la modalité d’exécution éventuellement modifiée et les preuves indépendantes de la mise à mort. Les folios retrouvés ne suffisent pas encore à attribuer à Couchant, Jeanne ou Thonnette un détail de grâce ou d’exécution qui n’y aurait pas été précisément lu. Cette discipline évite de remplacer une omission documentaire par une narration vraisemblable mais incertaine.16
9. Images, transcriptions et preuve reproductible
Un acte de justice peut exister sous plusieurs formes : manuscrit, photo couleur, transcription HTR, édition savante et résumé d’inventaire. Ces supports n’offrent pas le même niveau de certitude. Le registre PCrim Py I/2 est photographié et publié dans le site des Archives, et son API documentaire fournit un lien IIIF vers la reproduction de chaque page. Mais la transcription automatique est absente ou incomplète sur plusieurs des folios concernés. Nous devons donc partir de l’image, conserver les ratures et les signes de renvoi et indiquer chaque lecture douteuse.17
Le registre contient des irrégularités de foliotation bien décrites par les Archives ; elles démontrent l’utilité d’un double repérage. Notre grille de contrôle enregistre dorénavant cote, folio recto ou verso, numéro de page Transkribus, état de transcription et relation avec les pièces B 168. L’accès à une image est une découverte documentaire importante, mais pas une permission de reproduire librement les photographies sur un autre site. Le dossier public renvoie aux originaux hébergés par les Archives, tandis que les copies de travail restent locales.18
10. Programme de collation et questions ouvertes
Le prochain stade d’édition consistera à transcrire complètement les folios 40, 55 et 57 verso à 60 à partir des images originales, en conservant les interventions des différentes mains. Pour chaque passage, la transcription diplomatique devra précéder une restitution en français contemporain, toujours séparée du texte ancien. Le registre pourra alors être confronté, chef par chef, aux auditions de Jacques Couchant, de Thonnette Grillon et de Jeanne Mittet. Les dates et les noms seront vérifiés sur la photographie, non simplement reproduits d’une notice bibliographique.19
Il sera également nécessaire de consulter les pièces permettant de distinguer décision, grâce éventuelle, frais de justice et exécution. Le dossier Tactiques est maintenant capable de diriger ses lecteurs jusqu’aux folios originaux ; son honnêteté exige cependant de ne pas annoncer une édition critique intégrale avant la fin du travail paléographique. Ce premier repérage documenté constitue la base technique et scientifique des futures éditions de sentences, qui seront enrichies progressivement et contrôlées avant toute citation littérale longue.20
Le registre de Porrentruy est désormais directement accessible et les folios recherchés ont été identifiés. Les conclusions judiciaires sont des décisions historiques, pas des preuves de faits surnaturels. Les transcriptions précises et les relations entre actes demeurent le prochain chantier de recherche.
Appareil critique
Notes et références
Les indications bibliographiques sans pagination sont des références de repérage, non des citations vérifiées page par page. Lire les conventions éditoriales.
- Réserve documentaire
Se reporter aux cotes anciennes et aux pages numériques ; l’accès aux photographies ne vaut pas collation intégrale.
AAEB PCrim Py I/2, fol. 40 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 55 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60↩ Revenir au texte - Réserve documentaire
La procédure est reconstruite à partir des documents conservés ; ne pas transformer les accusations en faits.
AAEB PCrim Py I/2, fol. 40 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 55 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60↩ Revenir au texte - Réserve documentaire
Se reporter aux cotes anciennes et aux pages numériques ; l’accès aux photographies ne vaut pas collation intégrale.
AAEB PCrim Py I/2, fol. 40 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 55 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60↩ Revenir au texte - Réserve documentaire
L’anomalie de foliotation après le folio 69 est décrite dans le répertoire AAEB du volume ; ne pas calculer les correspondances au-delà.
AAEB PCrim Py I/2, fol. 40 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 55 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60↩ Revenir au texte - Source primaire
PCrim Py I/2, folio 40 : image de la page numérique 81 directement vérifiée avec le chiffre 40 visible.
AAEB PCrim Py I/2, fol. 40↩ Revenir au texte - Source primaire
La procédure est reconstruite à partir des documents conservés ; ne pas transformer les accusations en faits.
AAEB PCrim Py I/2, fol. 40↩ Revenir au texte - Source primaire
PCrim Py I/2, folio 55 : page numérique 111, foliotation manuscrite 55, début de formule de séance visible.
AAEB PCrim Py I/2, fol. 55↩ Revenir au texte - Source primaire
La procédure est reconstruite à partir des documents conservés ; ne pas transformer les accusations en faits.
AAEB PCrim Py I/2, fol. 55↩ Revenir au texte - Source primaire
PCrim Py I/2, folios 57v–59 : pages numériques 116–119, foliotation 58 et 59 visible sur 117 et 119.
AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60↩ Revenir au texte - Source primaire
La page numérique 120 ouvre une autre audience au 26 octobre 1596 : les limites exactes du premier acte demandent une vérification.
AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60↩ Revenir au texte - Comparaison textuelle
Pièce B 168/14-36.4 : aveux contestés comme obtenus sous contrainte ; la reconfession finale doit être replacée dans cet historique.
AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60 · AAEB B 168/14-36.1 à .5↩ Revenir au texte - Comparaison textuelle
La procédure est reconstruite à partir des documents conservés ; ne pas transformer les accusations en faits.
AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60 · AAEB B 168/14-36.1 à .5↩ Revenir au texte - Comparaison textuelle
Pièce B 168/14-37.2 : accusations retirées ou maintenues. Aucune mention d’un tiers ne prouve sa participation à un acte.
AAEB PCrim Py I/2, fol. 55 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60 · AAEB B 168/14-37.1 et .2↩ Revenir au texte - Comparaison textuelle
La procédure est reconstruite à partir des documents conservés ; ne pas transformer les accusations en faits.
AAEB PCrim Py I/2, fol. 55 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60 · AAEB B 168/14-37.1 et .2↩ Revenir au texte - Comparaison textuelle
Une condamnation, une grâce et une exécution sont des événements juridiquement distincts : ne pas les fusionner.
AAEB PCrim Py I/2, fol. 40 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 55 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60↩ Revenir au texte - Comparaison textuelle
La procédure est reconstruite à partir des documents conservés ; ne pas transformer les accusations en faits.
AAEB PCrim Py I/2, fol. 40 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 55 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60↩ Revenir au texte - Réserve documentaire
Le service documentaire fournit les reproductions IIIF. La transcription automatique des folios reste partielle ou absente.
AAEB PCrim Py I/2, fol. 40 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 55 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60↩ Revenir au texte - Réserve documentaire
La procédure est reconstruite à partir des documents conservés ; ne pas transformer les accusations en faits.
AAEB PCrim Py I/2, fol. 40 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 55 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60↩ Revenir au texte - Réserve documentaire
Se reporter aux cotes anciennes et aux pages numériques ; l’accès aux photographies ne vaut pas collation intégrale.
AAEB PCrim Py I/2, fol. 40 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 55 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60↩ Revenir au texte - Réserve documentaire
La procédure est reconstruite à partir des documents conservés ; ne pas transformer les accusations en faits.
AAEB PCrim Py I/2, fol. 40 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 55 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60↩ Revenir au texte
Éditions et sources du réseau Savoy
Vérifier les textes cités.
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