Étude comparative · Ancien Évêché de Bâle, 1596
Thonnette Grillon et Jeanne Mittet : la fabrique des aveux en 1596
Interrogatoires, prière de guérison, torture, reconfessions et accusations retirées à Saint-Ursanne et Porrentruy.
I. Deux procédures qui se répondent
Les actes réunis sous les cotes AAEB B 168/14-36 et B 168/14-37 concernent Thonnette Perret, épouse Grillon, et Jeanne Mittet, veuve de Montmelon. Les cinq pièces de la première affaire et les deux pièces numérisées de la seconde représentent quarante-quatre images avec texte dans le dépôt de l’Université de Berne. Elles totalisent 1 437 lignes de transcription HTR. Huit images ont été confrontées directement à leur manuscrit, sans prétendre à une collation complète.1
Les affaires ne constituent pas deux récits isolés. Jeanne nomme Thonnette et Claude Cugnotet parmi des personnes qu’elle dit avoir vues dans des assemblées imaginées par les juges. Plus tard, le greffier consigne des déclarations et des dénégations croisées. Un tel rapprochement documentaire ne prouve ni complicité ni réunion effective : il invite à suivre la circulation des accusations, les dates des interrogatoires et les contraintes subies par les accusées.2
II. Thonnette : la contrainte revendiquée dans le procès-verbal
La pièce B 168/14-36.4 est particulièrement explicite. Son image 0002, lignes 35 à 40 de la transcription, indique que Thonnette conteste avoir reconnu certains faits autrement que sous la contrainte. L’expression brève « par force de la corde » appartient au texte judiciaire. Cette page a été confrontée à sa photographie manuscrite. Elle atteste une contestation consignée par le greffier, non la réalité des crimes précédemment affirmés.3
L’image 0003 décrit une nouvelle application à la question. Les premières lignes associent cette épreuve à une rétractation de Thonnette, qui affirme s’être fait tort en reconnaissant les accusations précédentes. La page évoque aussi un témoin interrogé sur la mort d’un animal : celui-ci ne dit pas avoir soupçonné Thonnette. Le mécanisme probatoire devient visible : les aveux et les témoignages ne coïncident pas nécessairement, même dans les actes rassemblés par une même justice.4
III. Auditions successives et mémoire de la contrainte
Dans la même pièce, image 0004, le greffier présente une nouvelle audition comme menée « sans torture ny tormentz ». Cette indication ne doit pas être séparée des pages précédentes. Le fait de ne pas être tourmentée pendant une séance ne supprime ni la violence antérieure ni ses effets possibles sur les réponses.5
Les pages suivantes reviennent sur des personnes mises en cause, puis parfois écartées des récits. Une reconfession n’est pas un événement isolé : les questions, les comparutions et les corrections doivent être examinées dans leur ordre, y compris lorsque les versions se contredisent.6
IV. Le 9 octobre : la reconfession finale
La pièce B 168/14-36.5, datée du 9 octobre 1596, présente Thonnette comme ayant reconnu ses déclarations librement. Cette formule du préambule doit être confrontée à la contestation et à la violence déjà consignées dans les interrogatoires. L’image 0001 a été inspectée sur le manuscrit.7
Sur l’image 0003, le greffier indique que les points ont été relus à Thonnette et maintenus en présence de témoins à Porrentruy. Ce texte atteste une formalité judiciaire, non la réalité des actes surnaturels attribués à l’accusée. La sentence finale du registre PCrim Py I/2 reste non consultée.8
V. Jeanne Mittet : soigner les fièvres et être interrogée
Le dossier B 168/14-37.2 commence le 17 septembre 1596 par un interrogatoire de Jeanne Mittet. L’image 0001 présente une formule religieuse qu’elle affirme utiliser contre la fièvre, avec des références à la vie et à la Passion du Christ. Il s’agit d’une pratique verbale de soin attribuée à l’accusée, et non d’une attestation de guérison ou de pouvoir extraordinaire. Le manuscrit a été contrôlé visuellement.9
La même page rapporte également des propos concernant des difficultés conjugales et d’autres personnes, puis consigne la mise à la torture à la suite du refus de reconnaître des accusations supplémentaires. Cette juxtaposition invite à ne pas isoler la prière comme la preuve d’une tradition secrète coupable. La source est un acte produit par le tribunal, dont le but n’est pas de décrire impartialement la vie de Jeanne.10
VI. Septembre : des accusations ensuite retirées
L’image 0005 de B 168/14-37.2 contient des réponses sur plusieurs femmes que Jeanne avait mises en cause auparavant. Elle revient sur des identifications et décharge notamment des personnes qu’elle ne reconnaît plus comme participantes aux rencontres alléguées. Les motifs consignés varient ; certains témoignages ne reposent que sur des choses entendues. Cette page a été comparée directement avec le manuscrit.11
Une accusation retirée n’est pas une anecdote. Elle oblige à reconstruire les réseaux de dénonciation en distinguant ce qui a été affirmé une fois, maintenu, rétracté ou répété par d’autres. Si un historien ne gardait que les noms des premiers aveux, il créerait artificiellement une association plus étendue et plus sûre qu’elle ne le fut dans le dossier.12
VII. Le 25 septembre : le sort des personnes dénoncées
L’image 0007 indique que Jeanne reçoit une exhortation à corriger les accusations qu’elle aurait formulées injustement. Le greffier mentionne aussi que ses déclarations contre Thonnette et Claude pourraient provoquer un nouvel interrogatoire sous la contrainte. Cette page montre les conséquences possibles d’une dénonciation pour des tiers.13
Jeanne maintient certains noms mais en retire d’autres. L’historien doit respecter cette évolution et éviter de transformer les listes issues des interrogatoires en associations historiques réelles. Les trois images examinées attestent des étapes de rédaction judiciaire, non des actions surnaturelles.14
VIII. Des dossiers numérisés aux sentences encore à lire
Les sept fichiers universitaires permettent de suivre les auditions, la construction progressive des aveux, les rétractations et les chaînes de noms. Ils ne contiennent pas le registre PCrim Py I/2 où les archivistes signalent les sentences de Thonnette (folios 57 verso à 60), de Jeanne (folio 55) et de Couchant (folio 40). Les verdicts restent connus ici par les notices d’archives, non par une lecture directe de leur rédaction.15
La prochaine étape doit obtenir les images des folios, établir des transcriptions confrontées aux originaux et comparer les motifs effectivement invoqués dans les décisions. Les quarante-quatre pages HTR ouvertes dans ce lot et les huit pages vérifiées sur manuscrit constituent un progrès précis, mais ne justifient pas de déclarer le procès intégralement édité. Une référence scientifique se construit aussi en indiquant honnêtement ce qui manque.16
Les formules de confession judiciaire ne sauraient attester sans examen indépendant la réalité des actes allégués. Les sentences demeurent à collationner.
Appareil critique
Notes et références
Les indications bibliographiques sans pagination sont des références de repérage, non des citations vérifiées page par page. Lire les conventions éditoriales.
- Source primaire
Cinq pièces Grillon : 30 pages et 967 lignes ; deux pièces Mittet : 14 pages et 470 lignes. Total : 44 images, 1 437 lignes HTR.
AAEB B 168/14-36.1 à .5 · AAEB B 168/14-37.1 et .2↩ Revenir au texte - Réserve documentaire
La proximité des noms dans des procès ne démontre pas une complicité ; examiner les dates et les transferts de dénonciations.
AAEB B 168/14-36.1 à .5 · AAEB B 168/14-37.1 et .2↩ Revenir au texte - Philologie
B 168/14-36.4, image 0002, lignes 35–40 : reconnaissance attribuée à la force de la corde ; image manuscrite consultée.
AAEB B 168/14-36.1 à .5↩ Revenir au texte - Source primaire
B 168/14-36.4, image 0003, lignes 1–21 : nouvelle question, rétractation et témoin qui ne formule pas de soupçon.
AAEB B 168/14-36.1 à .5↩ Revenir au texte - Comparaison textuelle
Pièce .4, image 0004 : audition qualifiée sans tourment dans une procédure marquée par la contrainte.
AAEB B 168/14-36.1 à .5↩ Revenir au texte - Réserve documentaire
Les versions successives ne forment pas un aveu stable ; relever les révisions.
AAEB B 168/14-36.1 à .5↩ Revenir au texte - Source primaire
Pièce .5, image 0001 : préambule du 9 octobre et qualification de reconnaissance libre.
AAEB B 168/14-36.1 à .5↩ Revenir au texte - Philologie
Pièce .5, image 0003 : points relus et attestés en présence de témoins.
AAEB B 168/14-36.1 à .5↩ Revenir au texte - Source primaire
Pièce B 168/14-37.2 : voir les images documentées dans la section 5.
AAEB B 168/14-37.1 et .2↩ Revenir au texte - Source primaire
Pièce B 168/14-37.2 : voir les images documentées dans la section 5.
AAEB B 168/14-37.1 et .2↩ Revenir au texte - Source primaire
Pièce B 168/14-37.2 : voir les images documentées dans la section 6.
AAEB B 168/14-37.1 et .2↩ Revenir au texte - Source primaire
Pièce B 168/14-37.2 : voir les images documentées dans la section 6.
AAEB B 168/14-37.1 et .2↩ Revenir au texte - Réserve documentaire
Lecture partielle des pièces ; se reporter aux numéros des images.
AAEB B 168/14-37.1 et .2↩ Revenir au texte - Réserve documentaire
Lecture partielle des pièces ; se reporter aux numéros des images.
AAEB B 168/14-37.1 et .2↩ Revenir au texte - Réserve documentaire
Lecture partielle des pièces ; se reporter aux numéros des images.
AAEB B 168/14-37.1 et .2↩ Revenir au texte - Réserve documentaire
Lecture partielle des pièces ; se reporter aux numéros des images.
AAEB B 168/14-37.1 et .2↩ Revenir au texte
Éditions et sources du réseau Savoy
Vérifier les textes cités.
Textes analysés dans cette étude
Thonnette Grillon : cinq pièces PAGE XML de 1596
Cinq pièces transcrites sur les interrogatoires et reconfessions de Thonnette Grillon.
Ouvrir la notice ↗Digital Humanities @ University of Bern et Archives de l’ancien Évêché de Bâle · AAEB B 168/14-37.1 et .2Jeanne Mittet : deux pièces PAGE XML de 1596
Témoignages et interrogatoires de Jeanne Mittet : prières, torture et retraits de certaines accusations.
Ouvrir la notice ↗Archives de l’ancien Évêché de Bâle / Histoire de la justice · AAEB B 168/14-36, Thonnette Perret/Grillon et deux femmes, 5 janvier–1er octobre 1596Thonnette Perret ou Grillon — Contestation d’aveux et condamnation en 1596
Le dossier de Saint-Ursanne porte entre autres sur Thonnette, dite Antoinette, épouse de Thibaud Grillon ; elle contesta des aveux comme arrachés sous la torture avant une condamnation capitale.
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L'inventaire des Archives établit que Jeanne Mittet, veuve d'un charbonnier de Montmelon, et Jeanne appelée « veuve Koller » dans un dossier connexe sont une seule personne ; une condamnation à mort e
Ouvrir la notice ↗Université de Neuchâtel, sociolinguistique historique · Georges Lüdi, Confessions criminelles, dans Sociolinguistique historique du domaine gallo-roman, Peter Lang, 2009, p. 175–197Georges Lüdi (2009) — Les confessions comme genre textuel judiciaire
Georges Lüdi étudie les confessions de sorcellerie du Jura et de Neuchâtel comme une forme de texte produite par des institutions, avec des modèles narratifs récurrents et des variations locales.
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Un dossier collectif de l'administration met en relation Jeanne Mittet/Koller, Thonnette Grillon, Claude Cugnotet et Catherine Siron ; les archives distinguent leurs sorts judiciaires.
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